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Triangle

Non pas le triangle des Bermudes, mais le parcours rallongé de 560 nM sur lequel nous nous bagarrons avec Derry-Londonderry-Doire (DLD) et Clipper Telemed+ (CL+) pour la première place de cette course.

A la marque au vent (Rockall et St Helen reef entouré d’une zone d’exclusion de 1 nM autour de chaque caillou), moins de 1 nM nous sépare.
Nous passons en tête grâce à un passage précis de la marque. Mardi matin, DLD a repris l’avantage.

Le vent mollit progressivement et la tension à bord est maximum pour essayer d’avoir un bateau plus rapide (avec une meilleure VMG sur la marque) que les autres. Comme il y a encore pas mal de grains, avec un vent à peine plus fort, les progressions se font un peu en accordéon; de plus il faut être très attentif aux changements de direction du vent pour
ne pas rater un empannage qui nous permet de (re)gagner un peu de terrain.

Ces dernières heures, cela ne va pas vite du tout. Il n’y a pratiquement plus de vent; pour l’instant le courant nous pousse plus ou moins vers la marque, mais il diminue rapidement et cela va devenir vraiment galère pour
la deuxième partie de la nuit !

PS1. Le parcours a été modifié (amendement 3 des instructions de la course). La marque St-Kilde a été supprimée et remplacée par Rathlin Island juste au nord de la pointe NE de l’Irlande. La raison : une zone militaire à l’ouest de St-Kilde sur laquelle se déroule actuellement des exercices de tir ! La deuxième partie du parcours promet quelques nouvelles surprises avec un vent léger et des courants de marée entre 2 et 4 noeuds.

PS2. Avec le dernier changement, le triangle est pratiquement un parcours « upwind-downwind ».

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, mercredi 06 juillet 2016 0000 TUC




Retour en Europe

Lundi 2 juillet vers 20 heures TU, nous avons aperçu au-dessus de l’horizon, la terre. Un sommet sur la côte nord irlandaise. Quelques
heures plus tard, nous avons tourné la marque « île de Tory et sommes reparti au large (NNW) en direction de Rockall située à 230 nM de là.

Mardi matin, nous devrions contourner ce caillou et repartir vers la côte ouest écossaise, le véritable retour vers l’Europe, que nous avions
quittée début septembre 2015. Un moment d’émotion, plutôt inattendu, car je pensais simplement revoir une terre après une traversée océanique de plus.

Ce matin, on gîte, il fait froid, il bruine, il y a des grains, un vrai temps britannique à ne pas sortir et à rester au coin du feu – cela sera
pour plus tard !

Les débuts de la prolongation ont été prometteurs avec une position gagnée
sur Clipper Telemed+ (CL+) et une impressionante réduction de l’écart avec
Derry-Londonderry-Doire (DLD).

Au momment d’envoyer cette nouvelle, comme DLD est passé en mode furtif, nous ne savons plus comment nous évoluons par rapport à lui et comme CL+ poursuit une route très à l’est, cela le rapproche plus de la prochaine marque et semble le placer plus favorablement que nous.

Comme une course n’est vraiment terminée que lorsque la ligne d’arrivée est passée, la bagarre pour la première place se poursuit.

PS. Mon dernier rêve était la dégustation d’une Guiness tiède et savoureuse dans un pub irlandais. La première sera pour dans 2 jours
environ.

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, lundi 04 juillet 2016 0000 TUC




Rockall

« Plus jamais » avait déclaré solanellement Sir Robin Knox Johnston lors du briefing avant la course « Qingdao – Seattle ». Il parlait d’extension des courses en s’excusant d’avoir du exceptionnellement le faire pour la course Airlie Beach – Da Nang pour des raisons d’organisation de l’arrivée au Vietnam.

Grâce à cette prolongation, nous allons découvrir Rockall, granit de 19 mètres de haut, située 200 nM à l’W de North Uist, une des îles des Hébrides extérieures. Le meilleur moyen de locomotion pour l’atteindre, dit le Reeds, est l’hélicoptère; ce qui probablement explique pourquoi la lumière qui est installée, souvent en panne à cause du mauvais temps, n’est pas souvent réparée – il faut dire qu’il n’y a pas grand monde qui navigue dans ce coin. A 2nM à l’ENE de Rockall, St Helen reef, 1.4 m de haut sur lequel les vagues ayant traversé tout l’Atlantique brisent allègrement.

Grâce à cette prolongation, le jeu devient plus ouvert. Pour l’instant, nous avons fait un long bord bâbord au portant, suivi d’un long bord
tribord au portant, avec une transition entre les deux pour passer du sud au nord de l’anticyclone, le seul endroit nous ayant permis de prendre avantage sur Derry-Londonderry-Doire.

Un nouveau bord au près, suivi d’un bord de largue et d’un bord très vent arrière, impliquant des empannages, nous permettra peut-être de regagner le terrain perdu ces trois derniers jours.

PS1. Nous approchons du plateau continental, les vagues sont de plus en plus grosses et les surfs de plus en plus long et de plus en plus rapides; attention à l’empannage chinois !

PS2. La combinaison sèche est à nouveau de rigueur et les habits préchauffent le sac de couchage.

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, samedi 02 juillet 2016 0000 TUC




L’extension

Ci-dessous le message envoyé par l’équipier en charge média sur CV30-UNICEF. Il reflète largement l’état d’esprit à bord de CV24-LMAX Exchange.

« It’s a race they say. And so intent are they on presenting it as a race, that Clipper PR will excise blog references to fishing and swimming and anything else they deem « un race-like ». Even though we have fished and swum and
sunbathed and washed knickers off the back of the boat, and played « Who Am I? » while helming, and a dozen other un race-like things too.

And even though we do those un race-like things, we still race. And we race to win. And such is the desire to beat our fellow boats, that often we find ourselves overpowered, at night, racing down waves on a knife-edge between
control and a crash gybe. A crash gybe that could kill one of us. And we do this for days on end, which provides Clipper with exciting material to market their next race to all of you out there who haven’t done this yet.

And then, when we’ve raced hard and made it across two thirds of the distance between New York and Derry, and we’re still pushing the boats to the point of multiple equipment failure, and we’re looking at finishing several days before the arrival window, Clipper reward us for all our hard work by extending the course we have to sail.

Why do they do this? Because « the earliest we can bring forward the required infrastructure is Wednesday 6 July ».

Required infrastructure? One imagines some clipboard wielding desk jockey who hasn’t ticked the right box early enough, saying the marina toilets won’t be safe enough for 180 arses until the 6th, and therefore it would be safer to route us around a hazardous rock that is 1.4m high with a warning light that is often extinguished for long periods due to weather damage. And if a hundred crew members stay at sea for an extra three days, that equals three hundred crew days at sea during which — for example — any one of us could be swept to our death.

It must be some pretty important infrastructure to be worth adding that additional level of risk to our crossing. That’s the sort of infrastructure I’d like to see. I’ll be looking for it when we get in.

Yes folks, after they did it to us in the South China Sea they said they’d never do it again. And now they have.

Everybody aboard is pissed off.

Until anonymous

Henry »

PS1. L’heure à bord est TU.

PS2. La prochaine nouvelle samedi, selon le calendrier habituel.

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, vendredi 01 juillet 2016 0000 TUC




L’archipel des Açores

Ce matin au réveil, un brouillard épais nous entoure. En fin de matinée, le soleil tente péniblement de percer la couche nuageuse. La visibilité reste mauvaise.

Depuis 24 heures, nous sommes passé au nord de la dorsale. Le vent souffle de plus en plus fort – mardi après-midi, il soufflait déjà à près de 20 noeuds – et vient du secteur ouest. Après une semaine tribord amure, nous naviguons, bâbord amure, en direction du nord de l’Irlande en suivant plutôt une route orthodromique. Il reste environ 1200 nM à parcourir. Au vu de la prévision météo, cela devrait aller vite.

Nous sommes actuellement à 500 nM au NW de l’archipel des Açores, passage obligé des bateaux revenant des Antilles. Il n’est en effet pas possible de ne pas s’arrêter dans le port de Horta sur l’île de Faial, appartenant au groupe des îles centrales. Chacun veut pouvoir laisser une trace sur la digue du port, il y a tellement de passage, que les sols sont également remplis de graphes. Je ne parle pas du bar dont j’ai oublié le nom, dans lequel on refait, une fois, deux fois, dix fois, sa traversée avec les clients – pratiquement tous des navigateurs venant de traverser l’Atlantique.

PS. L’option ouest le long de la boîte des glaces n’a pas été payante du tout et les bateaux qui l’ont choisie, à l’exception de Clipper Telemed+
qui, sorti du mode furtif, se retrouve 80 nM dans notre NW et 5 nM devant nous par rapport à la ligne d’arrivée, sont maintenant relégué à plusieurs dizaines de milles derrière nous.

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, mercedi 29 juin 2016 0000 TUC




La fin des glaces

Ce soir, il semble bien que l’option nord (voir la précédente nouvelle) a été payante; tous les bateaux l’ayant choisies se sont retrouvés dans le peleton de tête. Clipper-Telemed+ plus au sud a opportunément rejoint le groupe nord au bon moment et a pu ainsi tirer son épingle du jeu.

Allions-nous tenter ou non la « scoring gate » ? Nous devions laisser le doute à nos concurrents. A l’approche de la marque sud-est de la boîte des glaces, nous sommes passés en mode furtif, comme l’avaient fait quelques
heures auparavant Great Britain et Garmin.

Les vents peu favorables nous ont imposé de renoncer à tenter de gagner les 3 points; il semble qu’il en soit de même pour les concurrents en tête de course.

Nous ne sommes plus bloqués au niveau du 40ème parallèle par la boîte des glaces placée par le comité de course pour nous éviter une méchante rencontre avec des icebergs et surtout des growlers, plus petits, tout aussi dangereux, mais non visible au radar. Nous faisons route vers le NE pour éviter le centre de l’anticyclone des Açores placé très à l’ouest –
qui semble vouloir s’étaler sur tout l’Atlantique ces prochains jours – et les forts courants contraire plus au nord.

Plusieurs concurrents ont choisi une route directe et se retrouvent maintenant bloqué par le courant.

Il ne reste plus, a priori que Derry-Londonderry-Doire et nous en tête de course – il faut tout de même garder un oeil dans le rétroviseur. La bataille est rude pour sortir les premiers au nord de la dorsale.

PS1. Avec les vents mollissants, le bateau est à nouveau aéré et nettement plus agréable à vivre !

PS2. L’heure de bord sera dès demain à TU-1.

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, lundi 27 juin 2016 0000 TUC




Les options

Côté vent, c’est pour une fois relativement simple.

Il y a l’anticyclone des Açores qui se trouve très à l’ouest et même pratiquement centré sur la scoring gate. Il semble se déplacer légèrement
au NE, mais vraiment pas très vite. Cela sera notre prochain souci.

Il y a ensuite les dépressions naissants dans la région de New York. La première ayant généré le front dont j’ai parlé dans la précédente
nouvelle; la suivante, celle qui pousse rapidement toute la flotte à l’est.

Côté courant, c’est une autre histoire.

Le Gulf Stream est capricieux, comme le sont toutes les rivières quand elles ont la place de choisir librement leur chemin. L’option sud est
visiblement plus avantageuse les premiers jours, alors que l’option nord plus lente pourrait se révéler plus payante vers la fin de la limite des glaces, soit au moment de commencer à négocier l’anticyclone.

Nous avons choisi la deuxième option. Pas facile pour les nerfs – ils seront aussi mis à rude épreuve dans les vents légers de l’anticyclone –
même si nous avançons vite à chaque fois que les 3-4 noeuds de courant nous poussent et comme il y a du vent, les surfs sont fréquents et jouissifs.

Réponse à la justesse ou non de notre choix dans quelques jours.

PS1. Les grains sont derrières nous. Il fait grand beau et le paysage maritime bleu turquoise couvert de blanc moutons fait rêver.

PS2. L’heure de bord est TU-2. Ceci permet de bénéficier du jour jusqu’à 22 heures; puis de la lune qui apparaît dès le crépuscule et nous
illumine largement jusqu’à l’aurore. Cela rend les quarts de nuit nettement plus agréables.

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, samedi 25 juin 2016 0000 TUC




La grande pomme

C’est la première fois que je m’arrêtais à New-York. L’arrivée en bateau est magique. Découvrir tout d’abord sur l’horizon toute une lignée de lumières, puis progressivement distinguer les hauts bâtiments, les ponts
et finalement la statue de la liberté – nous passerons à proximité vers 1 heure du matin (heure locale). Nous entrons dans la rivière Hudson entre Manhattan et Jersey City pour nous amarrer dans la marina Landing Liberty.

Après la traditionnelle bière de l’arrivée, nous débutons le « deep clean » à 3 heures du matin. Terminé vers 6h30, nous partons à la recherche d’un restaurant pour un bon petit déjeuner. 40 minutes de marche pour le rejoindre…

A notre retour, nous attendons les douanes et regardons les autres équipages débuter leur grand nettoyage.

La course 12 en direction de Derry-Londonderry a débuté le 20 juin à 2044 TU selon la procédure rodée « Le Mans ». Nous naviguons maintenant le long du 40ème parallèle, limite à ne pas dépasser, tout d’abord à cause d’un
système de séparation du trafic (TSS) puis à cause des glaces qui descendent le long de Terre-Neuve, jusqu’à environ 41°N – carte des glaces fournie par le service météo canadien. Nous resterons sur ce parallèle jusqu’à la longitude 040W avant de pouvoir librement naviguons plus au nord en direction de l’Irlande du Nord, tout en essayant de ne pas se faire piéger par l’anticyclone des Açores, actuellement très à l’ouest.

PS1. Un front nous a rattrapé ce matin et nous a donné quelques émotions avec une des voiles d’avant. Il a également retourné l’estomac d’un bon nombre d’équipiers, ce que nous n’avions plus vu à bord de LMAX Exchange depuis la « Sydney-Hobart ».

PS2. Notre heure de bord passe aujourd’hui à TU-3.

PS3. Nouveau clavier, le b fonctionne à merveille, mais il faut taper fort sur le a, pour qu’il apparaisse 😉

Dominique Hausser sur LMAX Exchange, mercredi 22 juin 2016 0000 TUC